Le zellige de Fès
Le zellige de Fès doit sa réputation à l’argile extraite près de la ville, réputée solide, et à des ateliers où la taille reste…
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ComprendreHistoire et savoir-faire du zellige, du Maghreb à l’Andalousie
Au Maroc, le zellige reste un métier vivant, partagé entre plusieurs artisans spécialisés. Cette fiche décrit les villes, les gestes et la façon dont le savoir se transmet ; l’histoire ancienne a sa propre fiche.

Écrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 3 min de lecture
Les ouvrages de référence désignent Fès et Meknès comme les centres de cet art, héritiers des grands chantiers mérinides. Tétouan a développé sa propre école au XVIe siècle, aux tons dominants de vert turquoise, bleu pâle, jaune, brun et blanc. L’argile vient surtout de la région de Fès, où elle se trouve en grande quantité. Des artisans travaillent aussi dans d’autres régions du pays, et Safi reste connue pour sa céramique.
Fès garde une place à part, par sa terre comme par ses ateliers : la fiche sur le zellige de Fès décrit la ville elle-même.
Un zellige passe entre plusieurs mains. Le kassar taille les carreaux émaillés en tesselles avec un marteau tranchant, le menqach, aussi écrit manqach. Le marteau laisse un fin liseré de terre cuite à nu sur le pourtour des pièces. Vient ensuite le khallaç, l’étape qui consiste à chanfreiner les tesselles pour leur donner des arêtes régulières.
Le maâlem, enfin, élabore les motifs géométriques. Il sait en général les dessiner et les assembler de mémoire, puis encoller les tesselles directement sur le mur. Le président d’une coopérative d’artisans de Fès, interrogé par la presse, le dit sans détour : « Tout est fait à la main. On n’utilise jamais de machine. »
La fabrication suit les saisons. L’argile arrive à l’atelier dans de doubles couffes chargées à dos d’âne. Les artisans concassent les blocs et les font détremper dans des bassins creusés dans la cour ; l’un d’eux descend dans la fosse et pétrit à la main. La pâte sèche ensuite au soleil, sur les terrasses, pendant les mois d’été. L’hiver est consacré à l’émaillage, à la cuisson et à la découpe.
Les fours traditionnels brûlaient des feuilles de palmier, de grands chardons blancs et des branches de laurier-rose. Un autre récit parle de brindilles d’olivier et de noyaux d’olives écrasés, récupérés dans les moulins à huile. Les émaux suivent des recettes anciennes : le blanc vient d’un mélange calciné d’étain et de plomb, le vert d’oxyde de cuivre tiré de débris achetés aux dinandiers, le brun du manganèse ou de minerais de fer, le jaune de la limonite ou de l’antimoine. Le bleu provient d’un smalt importé, plus vif que le cobalt du sud marocain. Le rouge et l’orange, pigments de synthèse, sont arrivés au XVIIe siècle.
Au milieu du XXe siècle, le mâalem Alaoui transforme la pose. Les tesselles ne se posent plus une à une sur le mur mais par panneaux entiers. À partir d’un tracé au sol, on place les pièces à l’envers sur du savon noir, on les asperge de stuc mêlé d’eau, puis on les recouvre d’une épaisse couche de mortier qui tient le tout. La pose devient plus rapide et plus solide.
Les grandes commandes royales donnent alors un nouveau souffle au métier, avec le mausolée Mohammed-V à Rabat et la mosquée Hassan-II à Casablanca. Le zellige sort aussi de l’architecture : logos, publicités, vaisselle, mobilier, et jusqu’aux broderies de djellabas et de caftans. Une part de la production s’est industrialisée ; elle cherche à reproduire l’aspect artisanal.
La transmission familiale reste forte. Certaines familles d’origine andalouse en ont fait leur spécialité depuis plus de sept siècles, comme les Megzari, venus de Grenade à Fès au moment de la Reconquista. Aujourd’hui, les techniques se transmettent aussi dans des instituts de formation spécialisés, à Fès comme à Tétouan.
Cette continuité est au centre du projet de candidature lancé en novembre 2025 par le ministère marocain chargé de la culture, qui met en avant l’apprentissage auprès des maâlems : voir la fiche sur le zellige et l’Unesco. Pour les débuts de cet art, voir la fiche sur l’origine du zellige.
C’est une mosaïque de terre cuite émaillée, taillée à la main en petites pièces géométriques, que les artisans marocains fabriquent surtout à Fès. Par extension, le nom désigne aussi les carreaux émaillés posés entiers. Il orne mosquées, médersas, palais, fontaines et maisons.
Au Maroc, les sols reçoivent traditionnellement du bejmat, un carreau rectangulaire plus épais, souvent posé en chevron, ou un carré aux coins coupés associé à un cabochon de couleur. Le zellige mural, plus fin, s’accorde avec ces sols de terre cuite. Pour un sol neuf, l’épaisseur et la résistance se vérifient avec un carreleur.
Le zellige traditionnel l’est entièrement : moulage, émaillage et taille au marteau se font à la main dans les ateliers. Il existe aussi une production plus industrielle et des carrelages d’imitation. La tranche irrégulière et le liseré de terre visible sur les bords trahissent la taille manuelle.
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