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ComprendreHistoire et savoir-faire du zellige, du Maghreb à l’Andalousie

L’origine du zellige : des premiers décors émaillés à l’âge d’or

Personne ne peut dater la naissance du zellige à l’année près. Les historiens décrivent une lente mise en place, de la mosaïque antique aux grands décors du XIVe siècle, et ne s’accordent pas sur le berceau de la technique.

Fragments anciens de mosaïque de céramique émaillée aux tons verts, bruns et blancs, posés sur un fond de pierre

Portrait de Philippine Castanié, cheveux châtain foncé attachés, chemise écrue, léger sourire, fond de mur clair et flouÉcrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 3 min de lecture

Racine antique
Mosaïque romaine puis byzantine
Premiers décors
Entre le VIIIe et le Xe siècle
Plein essor
Fin du XIIIe et XIVe siècle
Berceau
Débattu : Maghreb, Andalousie, Orient

Du marbre poli à la terre émaillée

Le zellige s’inspire de la mosaïque romaine, puis byzantine. L’Afrique du Nord en conserve de nombreux vestiges, comme les mosaïques géométriques d’Utique, en Tunisie, ou celles de l’ancienne Césarée de Maurétanie, aujourd’hui Cherchell, en Algérie. L’idée nouvelle consiste à remplacer les morceaux de marbre par des fragments de carreaux de faïence colorés.

Le procédé de mosaïque de faïence est connu bien plus tôt en Perse et en Mésopotamie. Dans l’Occident musulman, on voit d’abord des essais avec des fragments de marbre de couleurs différentes, à la mosquée de Cordoue et au palais de Madinat al-Zahra. Les décors de céramique architecturale s’installent entre le VIIIe et le Xe siècle.

Les premiers décors datés

Le plus ancien témoin connu de céramique lustrée dans le bassin méditerranéen se trouve à la grande mosquée de Kairouan, en Tunisie. En 862, l’émir Ibrahim ibn al-Aghlab fait orner le dôme du mihrab de carreaux. Une partie vient de Bagdad ; une autre est produite sur place par des artisans venus de la même ville, porteurs d’un savoir-faire qui se diffuse ensuite au Maghreb.

Au XIe siècle, la Qalaa des Béni Hammad, dans l’actuelle Algérie, livre le premier témoin de céramique émaillée retrouvé en Afrique du Nord : briques émaillées et marqueterie de terre. Au XIIe siècle, les Almohades ornent les minarets de la Koutoubia de Marrakech, daté de 1190, et de la mosquée de la Kasbah. La céramique émaillée sert alors surtout à l’ornement des tours. Voir aussi la fiche sur le zellige en Algérie.

Le grand essor des XIIIe et XIVe siècles

Le zellige tel qu’on le définit aujourd’hui prend son essor à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. La technique apparaît presque en même temps dans des régions tenues par plusieurs dynasties : les Mérinides à Fès, les Zianides à Tlemcen, les Nasrides à Grenade, les Hafsides à Tunis. Le minaret de la grande mosquée de Tlemcen date de 1280. À Fès, la médersa Seffarine porte des revêtements de faïence dès la fin du XIIIe siècle.

Sous les Mérinides, qui règnent de 1244 à 1465, la tradition nord-africaine atteint sa maturité. Les Nasrides la portent à son sommet à l’Alhambra, où l’on voit un décor daté des environs de 1350 : voir le zellige de l’Alhambra. En Espagne, les couleurs changent, avec un bleu de cobalt plus fréquent. Au Maroc, la palette passe du blanc et du brun au vert et au jaune. L’école de Tétouan apparaît au XVIe siècle, et le rouge n’arrive qu’au XVIIe siècle.

Un berceau encore discuté

L’origine du zellige a fait l’objet de plusieurs hypothèses, et aucune ne fait l’unanimité.

  • L’hypothèse andalouse décrit le zellige comme une faïence mauresque née en Andalousie. Elle est aujourd’hui souvent écartée, car la forme la plus ancienne se retrouve dans tout l’empire almohade.
  • L’hypothèse du Maghreb central place le relais principal à la Qalaa des Béni Hammad, d’où la mode aurait gagné l’Espagne et le Maroc.
  • L’hypothèse marocaine s’appuie sur des formes almohades du XIIe siècle documentées au Maroc, et sur les faïences de la médersa Seffarine.
  • L’hypothèse orientale rappelle que des exemples sont attestés dans le nord de l’Iran au XIIe siècle.

Le département des arts de l’université de Tlemcen exprime une prudence partagée par d’autres chercheurs : on ne peut attribuer le zellige à une région précise, puisqu’il apparaît en même temps chez plusieurs dynasties. Le débat a pris un tour diplomatique, détaillé dans la fiche sur le zellige et l’Unesco.

Où voir les témoins anciens

Plusieurs pièces se visitent. Le musée du Louvre expose des fragments de la Qalaa des Béni Hammad datés de la fin du XIe siècle et un fragment de la mosquée Sidi Boumediene, à Tlemcen, daté du XIVe siècle. Le musée de Tlemcen conserve des panneaux zianides ; le musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger, un fragment de la médersa Tachfinia.

Sur place, la médersa Bou Inania de Fès, la médersa mérinide de Salé, élevée vers 1331, ou les tombeaux saadiens de Marrakech, du XVIe siècle, montrent le zellige dans son cadre. Pour Fès, voir la fiche sur le zellige de Fès.

La chronologie en quatre points

  • Le zellige descend de la mosaïque antique, mais remplace le marbre par la terre émaillée.
  • Les premiers témoins datés se trouvent en Tunisie actuelle et à la Qalaa des Béni Hammad, puis chez les Almohades.
  • La forme classique se généralise au XIVe siècle, sous les Mérinides, les Zianides et les Nasrides.
  • Le berceau exact reste discuté ; plusieurs foyers ont pu se développer en même temps.

Les questions qu’on nous pose

Comment prononce-t-on « zellige » ?

On prononce « zé-lije », avec un e ouvert et un g doux, comme à la fin de « tige ». Les dictionnaires transcrivent le mot \zɛ.liʒ\. Il est masculin : un zellige, des zelliges.

Depuis quand le zellige existe-t-il ?

Les premiers décors de céramique de l’Occident musulman datent d’entre le VIIIe et le Xe siècle. La mosaïque de faïence taillée s’affirme au XIe et au XIIe siècle, puis se généralise au XIVe siècle. Les techniques de fabrication ont peu évolué depuis.

Le zellige est-il marocain ou algérien ?

Les historiens décrivent un art apparu presque en même temps dans plusieurs dynasties du Maghreb et d’Andalousie, dont les territoires recouvrent aujourd’hui le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Espagne. Le Maroc et l’Algérie revendiquent tous deux ce patrimoine auprès de l’Unesco. Nos fiches sur l’Algérie et sur l’Unesco exposent les arguments de chacun, sans trancher.

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