L’origine du zellige
Les historiens rattachent le zellige à la mosaïque romaine puis byzantine. Des décors de céramique apparaissent dans l’Occident musulman entre le VIIIe et le…
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ComprendreHistoire et savoir-faire du zellige, du Maghreb à l’Andalousie
À Grenade, les palais de l’Alhambra portent l’un des ensembles de mosaïque de faïence les plus cités par les historiens. Cette fiche situe ce décor dans le temps, explique son nom espagnol et le relie au zellige du Maghreb.

Écrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 3 min de lecture
L’Alhambra se trouve à Grenade, dans le sud de l’Espagne. C’est le palais des Nasrides, la dynastie andalouse que les sources lues font régner de 1237 à 1492. Les textes encyclopédiques le citent comme l’exemple le plus abouti du décor de faïence taillée en Andalousie. Ses murs portent des panneaux faits de petites pièces émaillées, chacune d’une seule couleur, assemblées en figures géométriques.
Ce décor n’est pas une peinture sur carreau. Chaque forme, étoile, losange ou bande d’entrelacs, est découpée dans un carreau cuit et émaillé, puis posée à côté des autres comme une pièce de puzzle. C’est exactement le principe du zellige marocain.
En Espagne, cette mosaïque de faïence taillée se nomme alicatado. Le terme dérive d’une racine qui signifie « couper ». Le geste de la taille est donc inscrit dans le nom, comme dans le métier des tailleurs de Fès. Le mot zellige lui-même a une histoire discutée : certains auteurs le disent d’origine espagnole ou issu de l’arabe andalou, d’autres le rattachent à une racine arabe qui exprime l’idée de briller. Nous laissons la question ouverte, comme les linguistes. Le sens du mot est détaillé dans la définition du zellige.
Les historiens ne font pas naître ce décor à Grenade. Ils décrivent une lente maturation, avec des essais dans plusieurs régions : le minaret de la Koutoubia, à Marrakech, daté de 1190, puis celui de la grande mosquée de Tlemcen, daté de 1280. Les décors de l’Alhambra sont présentés comme l’aboutissement de ces premières tentatives. La technique apparaît presque en même temps sous plusieurs dynasties : Almohades, Mérinides, Zianides, Nasrides et Hafsides.
En Espagne, ce décor devient courant du XIIIe au début du XIVe siècle. Les Mérinides au Maroc et les Nasrides à Grenade le généralisent au XIVe siècle. Un panneau d’alicatado de l’Alhambra est daté des environs de 1350. Pour la chronologie complète, voir notre fiche sur l’origine du zellige.
Les textes lus insistent sur les échanges entre l’Andalousie et le Maroc. Selon une formule reprise par plusieurs auteurs, les zelliges de Fès seraient les héritiers des faïences nasrides. Des récits rapportent aussi que des familles d’artisans de Grenade se sont installées à Fès au moment de la Reconquista, avec leur métier. D’autres auteurs rappellent que les formes les plus anciennes du zellige se trouvent au Maghreb, ce qui fragilise l’idée d’une simple importation andalouse.
Nous retenons une circulation dans les deux sens, sans désigner de berceau unique. Le peintre Henri Matisse, rapportent les mêmes sources, collectionnait des carreaux nasrides. La ville marocaine et ses ateliers ont leur fiche : le zellige de Fès.
Tapez « zellige Alhambra » dans un moteur de recherche : la plupart des résultats renvoient à des pages commerciales. Le nom sert alors de nom de gamme ou de motif, souvent des hexagones ou des étoiles. Il évoque une inspiration andalouse et ne dit rien de l’origine des carreaux, ni de leur fabrication. Pour savoir ce que vous avez sous les yeux, regardez la tranche : un carreau taillé à la main n’a ni la même épaisseur partout, ni des arêtes parfaitement droites. Les figures elles-mêmes sont décrites dans notre fiche sur les motifs du zellige.
Le mot vient de l’arabe ; on le traduit le plus souvent par « petite pierre polie ». En Espagne, la même technique porte le nom d’alicatado, tiré d’une racine qui signifie couper. Les deux mots résument la matière : une pièce de terre émaillée, taillée à la main.
Un zellige est fait d’argile, pétrie avec de l’eau, moulée en carreaux, séchée puis cuite. On le couvre ensuite d’un émail coloré par des oxydes minéraux et on le recuit. Aucun autre composant n’entre dans le carreau lui-même.
L’argile est moulée, séchée au soleil, puis cuite une première fois. L’artisan applique l’émail et remet le carreau au four. Pour une mosaïque, le tailleur découpe ensuite chaque pièce au marteau tranchant selon un gabarit. Le grand guide du carnet détaille ces étapes.
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