Le zellige marocain
Le zellige marocain est fabriqué à la main, surtout à Fès, avec l’argile de la région, et se pratique aussi à Meknès et à…
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ComprendreHistoire et savoir-faire du zellige, du Maghreb à l’Andalousie
Fès est la ville que l’on associe d’abord au zellige. Sa terre, ses ateliers et ses monuments expliquent cette réputation, que la ville entretient depuis les Mérinides.

Écrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 3 min de lecture
La matière première vient du mont Zalagh, qui domine Fès. Un reportage de presse dans un atelier de la ville la décrit grise, sans produit ajouté, réputée pour sa solidité. D’autres textes parlent d’une argile claire, aux tons tirant vers le blanc. Tous s’accordent sur un point : la région en fournit en grande quantité et de qualité.
Un guide prête même à cette terre la propriété d’aider l’émail à résister au gel. Aucune autre source lue ne le confirme. Pour un usage extérieur, seul un professionnel qui voit le chantier peut se prononcer.
Dans les ateliers, les blocs sont concassés puis plongés dans un bassin d’eau, où l’argile s’imbibe lentement. Le maâlem descend lui-même dans le bassin et malaxe la matière jusqu’à obtenir une pâte homogène, étalée ensuite au soleil pour perdre son excès d’eau. Les pièces façonnées sèchent plusieurs jours avant la première cuisson.
Dans l’atelier décrit par la presse, cette première cuisson se fait de l’ordre de 1 200 degrés et donne le « biscuit », solide et clair. La seconde, après l’émaillage, se fait de l’ordre de 900 degrés et fixe les couleurs. D’autres sources donnent des températures différentes : chaque atelier a ses fours. À Fès, cinq couleurs composent depuis des siècles la palette traditionnelle : bleu, vert, jaune, blanc et noir. « Le rouge et le violet sont venus beaucoup plus tard », rappelle un artisan.
La taille se fait assis, le carreau émaillé dans une main, un lourd marteau à lame dans l’autre. « Il faut obtenir une coupe nette, bien biseautée », explique un tailleur. Le carré devient en quelques secondes étoile, losange ou forme sans nom hors du métier.
L’assemblage surprend davantage. Les artisans travaillent au sol, face décorée contre terre : ils ne voient pas le dessin. Ils connaissent la place de chaque pièce, ses couleurs et ses angles. Un mortier est ensuite coulé sur l’ensemble, renforcé de baguettes de fer, de fibre et de résine. Après une à deux semaines de séchage, on retourne le panneau et le motif apparaît. Les principes de ces compositions sont décrits dans la fiche sur les motifs du zellige.
Les Mérinides prennent Fès en 1244 et en font le centre de leur art. La médersa Seffarine porte des revêtements de faïence dès la fin du XIIIe siècle ; la médersa Bou Inania, du XIVe siècle, reste l’exemple le plus cité. Les mosquées Karaouiyine et des Andalous gardent des frises de terre cuite émaillée parmi les plus anciennes de la ville.
Un responsable du patrimoine au ministère marocain de la Culture rappelle que le zellige « n’est pas seulement de la décoration ». Sur les soubassements, il forme une barrière contre l’humidité pour des murs porteurs souvent bâtis en pisé, qui supportent mal l’eau. Salles d’ablutions, bassins et fontaines exposent ces murs chaque jour. Au-dessus, le zellige laisse place au plâtre sculpté, au bois de cèdre et aux inscriptions. Voir aussi la fiche sur la fontaine en zellige.
Les historiens présentent les zelliges de Fès comme les héritiers des faïences nasrides de Grenade. La ville a aussi innové. Un artisan, Hadj Hassan, a mis au point avec des maîtres faïenciers de Fès une fontaine murale dont les faïences sont fixées sur des résines souples : les panneaux allégés se roulent, se transportent sans casse et s’adaptent à des surfaces variées.
En novembre 2025, le ministère marocain chargé de la culture a lancé un projet de candidature pour « l’art du zellige de Fès et de Tétouan », fondé sur la taille manuelle, l’assemblage et l’apprentissage auprès des maîtres artisans. Le dossier est présenté dans la fiche sur le zellige et l’Unesco, et le métier à l’échelle du pays dans celle sur le zellige marocain.
Le mot vient de l’arabe et se traduit le plus souvent par « petite pierre polie ». Il désigne les fragments de terre cuite émaillée taillés à la main et, par extension, la mosaïque ou le carreau émaillé. À Fès, il nomme un métier autant qu’un matériau.
Pour sa terre, extraite près de la ville et réputée solide, et pour ses ateliers, où la taille se fait encore à la main. Fès a aussi été le centre du zellige mérinide, dont les médersas gardent des exemples célèbres. La ville est associée à Tétouan dans un projet de candidature au patrimoine immatériel.
Oui pour le zellige traditionnel : pétrissage, moulage, émaillage et taille au marteau se font à la main dans les ateliers. Un président de coopérative de la ville l’affirme : « on n’utilise jamais de machine ». Des productions plus industrielles existent aussi.
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