Le zellige, définition
Le zellige est un revêtement de terre cuite émaillée, façonné et taillé à la main. Au sens strict, le mot désigne les tesselles, petits…
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Un zellige est un carreau de terre cuite émaillée, moulé, cuit et taillé à la main. Ce guide suit le carreau de la carrière au mur, puis donne les repères pour le reconnaître et comprendre pourquoi deux zelliges ne se valent pas.

Écrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 6 min de lecture
Le zellige est une céramique de terre cuite émaillée née au Maroc. Au sens strict, le mot nomme la tesselle : un petit morceau taillé dans un carreau d’une seule couleur, assemblé à d’autres sur un lit de mortier pour composer un décor géométrique. Dans l’usage courant, en France, on appelle aussi zellige le carreau émaillé posé entier, sans découpe. La fiche consacrée à la définition du mot zellige détaille le sens du terme et ses graphies.
Les historiens situent les premiers décors vers le Xe siècle, dans la région de Fès. La technique s’affine au XIVe siècle sous les Mérinides, avec la double cuisson et des émaux de plusieurs couleurs, puis connaît un grand essor au XVIe siècle sous les Saadiens. La chronologie complète figure dans la page sur l’origine du zellige marocain.
Tout commence par une argile extraite près de Fès, présente en abondance dans la région. Les ateliers la délayent dans l’eau, la malaxent et la débarrassent de ses gravats jusqu’à obtenir une pâte lisse. La qualité de ce premier travail pèse sur la tenue du carreau fini : une pâte mal purifiée garde des impuretés qui éclatent à la cuisson.
La pâte est pressée dans de petits moules carrés. Les carreaux sèchent ensuite au soleil, retournés régulièrement pour sécher de façon égale sur les deux faces. Une première cuisson donne le biscuit, la base de terre cuite. Après refroidissement, le biscuit reçoit son émail, avec ou sans engobe, puis repart au four pour une seconde cuisson qui fixe la couleur.
Le four traditionnel n’a qu’un foyer, placé en bas. Les descriptions d’ateliers parlent d’une température qui peut monter vers 800 degrés, plus forte près du foyer qu’en hauteur. Les émaux ne fondent pas tous de la même façon : les blancs, plus fusibles, se chargent en premier, les verts et les rouges plus haut. Aucun carreau n’occupe la même place, et chacun sort avec une profondeur de teinte légèrement différente. C’est la première source des nuances d’un mur de zellige.
À la sortie du four, les carreaux sont triés par couleur. Pour les tesselles, le travail se répartit entre plusieurs postes. Un premier artisan dessine le contour de la forme à obtenir en limitant les pertes. Un second dégrossit la pièce au burin, un troisième la reprend au marteau tranchant jusqu’à sa forme définitive. Le tailleur donne à la tranche une légère inclinaison vers l’arrière, ce qui resserre les pièces côté émail.
Le maître artisan, le maâlem, assemble ensuite les pièces à l’envers, face émaillée contre le sol, pour obtenir une surface plane malgré les écarts d’épaisseur. Le panneau est coulé au mortier par l’arrière, puis retourné. La formation d’un maâlem se compte en années et se transmet encore beaucoup au sein des familles, comme le rappelle la fiche sur le zellige de Fès et ses ateliers.
Le zellige reste un petit format. Le carré de 10 x 10 cm est le plus répandu, suivi du 5 x 5 cm. Le rectangle de 5 x 15 cm porte un nom à part, le bejmat, souvent choisi pour les sols et les poses en chevron. À côté de ces formats simples, la taille donne des hexagones, des losanges, des étoiles, des croix ou des écailles. Les formats et leurs usages sont détaillés dans la fiche sur les dimensions courantes du zellige.
Le petit format a une conséquence simple : un mètre carré en carrés de 5 x 5 cm compte 400 pièces, quatre fois plus qu’en 10 x 10 cm. L’épaisseur, elle, n’est jamais tout à fait constante. Elle varie de quelques millimètres d’un carreau à l’autre, car chaque biscuit est pressé et cuit à la main. Ce détail commande toute la pose.
Les premiers zelliges jouaient surtout sur les tons bruns et blancs. Le bleu, le vert et le jaune sont venus ensuite, le rouge plus tard. Les recettes anciennes reposent sur des minéraux : l’étain pour le blanc, le cuivre pour le vert, le fer et le manganèse pour les bruns, des minerais de fer ou d’antimoine pour le jaune. Les rouges et les orangés actuels font appel à des pigments de synthèse.
Une même couleur n’est jamais uniforme. Selon l’épaisseur d’émail, la place au four et la terre dessous, un vert peut aller du bouteille au presque noir sur un seul mur. Les motifs, eux, combinent carrés, triangles, étoiles et polygones selon des règles géométriques que la fiche sur le motif zellige et sa géométrie décompose.
Quelques gestes suffisent pour faire la différence avec une imitation, en main ou sur un échantillon posé.
Aucun de ces signes n’est un défaut. Ce sont les traces du moule, du four et du marteau. Un carrelage parfaitement calibré, aux arêtes vives et à la teinte égale, relève de la production industrielle, quel que soit son nom commercial.
Le prix d’un zellige ne se lit pas comme celui d’un carrelage courant. Il suit d’abord la quantité de travail manuel qu’il contient, puis ce qu’il demande au moment de la pose.
La pose pèse aussi. L’épaisseur irrégulière impose un double encollage, une pose bord à bord sans croisillons et un jointoiement soigné. Ces gestes prennent plus de temps qu’un carrelage calibré, et un carreleur habitué au zellige fait une vraie différence sur le rendu. La fiche sur la pose du zellige au mur décrit ces étapes. Une imitation industrielle se situe en général à un niveau de prix inférieur, avec un aspect plus régulier.
Émaillé, le zellige résiste à l’eau et à la chaleur, ce qui explique sa place dans les pièces humides et derrière les plaques de cuisson. On le trouve en mur de douche, en crédence, en tablier de baignoire, autour d’une cheminée ou sur une fontaine. Au sol, sa surface émaillée peut glisser : un motif riche en joints, ou le bejmat, s’y prête mieux qu’un grand aplat. Les pages sur la salle de bain en zellige et sur l’entretien du zellige émaillé prolongent ces usages pièce par pièce.
Le mot vient de l’arabe. On le traduit le plus souvent par « petite pierre polie », en écho aux tesselles taillées et lissées par l’émail. Il désigne la pièce taillée, le décor entier et, aujourd’hui, le carreau émaillé posé sans découpe.
Au sol, mieux vaut un zellige épais et un dessin qui multiplie les joints, comme le bejmat en chevron ou un motif géométrique. Les joints rendent la surface moins glissante qu’un aplat émaillé. Dans une pièce humide, un carreleur vérifie l’adhérence avant de valider le choix.
Le zellige est moulé, cuit et taillé à la main : épaisseur, forme et teinte varient d’une pièce à l’autre. L’imitation est un carrelage industriel calibré, dont l’aspect est imprimé ou pressé. Ses reflets se répètent et ses arêtes sont régulières, ce qui simplifie la pose.
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