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Face à faceComprendre le zellige : matière, motifs et formats

Azulejos du Portugal et zellige : deux faïences, deux techniques

Les azulejos couvrent les façades et les églises du Portugal ; le zellige habille les médersas du Maghreb. Les deux sortent du même monde de la faïence, mais ils ne se fabriquent pas de la même manière.

Façade couverte d’azulejos bleus et blancs à motifs floraux à côté d’un panneau de zellige géométrique vert

Portrait de Philippine Castanié, cheveux châtain foncé attachés, chemise écrue, léger sourire, fond de mur clair et flouÉcrite par Philippine CastaniéMise à jour le · 3 min de lecture

Azulejo
Carreau entier peint sur émail
Zellige
Tesselles d’une couleur, assemblées
Format type d’azulejo
Carré de 20 x 20 cm
Couleurs historiques
Bleu cobalt sur fond blanc

Zellige et azulejos, critère par critère

CritèreZelligeAzulejos
PrincipeMosaïque de fragments taillésCarreau entier décoré
DécorGéométrique, né de l’assemblagePeint : scènes, motifs floraux ou géométriques
Couleur d’une pièceUne seule teinte par tessellePlusieurs teintes sur un même carreau
FormatPetites pièces ; carré d’environ 10 x 10 cmCarré traditionnel de 20 x 20 cm
Lieux emblématiquesMédersas, palais, fontaines du MaghrebÉglises, palais, gares, façades du Portugal
Images figurativesAbsentes du décor traditionnelFréquentes : scènes religieuses, vues de ville

Deux mots de la même famille

Certains dictionnaires font venir zellige de l’arabe zulayj, « carreau de faïence », par l’intermédiaire de l’espagnol azulejo. D’autres le tirent directement d’un mot arabe qui signifie « pierres lisses ». Une explication répandue rapproche aussi ces termes du bleu, azul, couleur des premiers décors. Quelle que soit la piste retenue, azulejo et zellige appartiennent au même champ : celui de la terre émaillée venue du monde arabe et passée par la péninsule Ibérique.

Un chemin qui passe par l’Andalousie

Les récits sur l’histoire de la faïence situent sa découverte à Bagdad au IXe siècle. La technique gagne l’Égypte et la Perse, puis l’Espagne par l’Afrique du Nord. Le décor y reste géométrique et non figuratif. En Andalousie, la mosaïque de carreaux taillés porte un nom à elle, alicatado : on en voit à l’Alhambra de Grenade, dans un décor daté des environs de 1350. Voir la fiche sur le zellige de l’Alhambra.

Le roi portugais Manuel Ier découvre les azulejos mauresques à Séville et à Saragosse. Entre-temps, l’Italie de la Renaissance a pris l’habitude de peindre des scènes sur la faïence, et des potiers italiens s’installent à Anvers puis à Delft. En 1647, les faïenciers néerlandais imitent la porcelaine chinoise bleu et blanc. Les azulejos portugais naissent de ces influences superposées. Le zellige, lui, garde la voie maghrébine et andalouse décrite dans la fiche sur l’origine du zellige.

Ce que le Portugal en a fait

Jusqu’en 1755, les faïences décorent palais, églises et monastères, souvent dessinées par des artistes. Le tremblement de terre, le raz-de-marée et l’incendie de 1755 changent la donne. Pendant la reconstruction de Lisbonne, la production devient industrielle, avec des motifs plus simples. Le marquis de Pombal veut en couvrir les façades des maisons, contre l’incendie et pour l’hygiène des villes. On écrit souvent que ces carreaux gardent les murs de l’humidité en hiver et de la chaleur en été.

On en trouve depuis partout : gares, écoles, places, immeubles, stations de métro. Lisbonne, Porto et Aveiro alignent des façades entières. Le musée consacré aux azulejos, à Lisbonne, occupe l’ancien couvent Madre de Deus et réunit une collection de 7 000 pièces, de la Renaissance à nos jours. Sa grande fresque du panorama de Lisbonne avant le séisme mesure 25 mètres et compte 1 300 carreaux.

Deux façons de fabriquer

Le zellige part de carreaux émaillés d’une seule couleur, que l’on taille au marteau en tesselles. Le motif apparaît à l’assemblage, comme l’explique notre définition du zellige. L’azulejo reste un carreau entier, peint puis cuit, au format traditionnel de 20 x 20 cm. Il porte sur sa surface plusieurs couleurs et peut figurer des personnages, des scènes religieuses ou des fables.

Le décor du zellige reste fidèle à la géométrie de l’art islamique, détaillée dans la fiche sur les motifs du zellige. Pour la maison, la différence compte aussi : un mur d’azulejos se lit comme une image, un mur de zellige comme une matière qui accroche la lumière.

Un patrimoine exposé au pillage

Les azulejos anciens attirent les voleurs. Des vols ont régulièrement lieu dans les palais et les églises isolés, jusque dans le centre de Lisbonne, et alimentent un marché parallèle. Un carreau ancien sans provenance claire peut venir d’une façade dépouillée. Le zellige ancien des médersas pose la même question : un panneau historique appartient à son monument.

À garder en tête

  • L’azulejo se peint, le zellige se taille : la différence de fond est là.
  • Selon certains dictionnaires, le mot zellige serait passé par l’espagnol azulejo.
  • Les azulejos portugais mêlent des influences mauresques, espagnoles, italiennes, néerlandaises et chinoises.
  • Après 1755, ils gagnent les façades de Lisbonne, où ils protègent aussi les murs.

Les questions qu’on nous pose

Comment appelle-t-on les carrelages au Portugal ?

On parle d’azulejos, azulejo au singulier. Le mot désigne les carreaux de faïence émaillée et décorée qui couvrent façades, églises et gares. Il appartient à la même famille de mots que zellige.

Quel est le bleu des azulejos ?

Le bleu traditionnel des azulejos est un bleu de cobalt, posé sur un fond blanc. Les récits historiques le relient à la faïence de Delft, qui imitait la porcelaine chinoise bleu et blanc. D’autres couleurs existent, mais ce duo reste la signature du Portugal.

Qu’est-ce qui est typique du Portugal ?

Les azulejos font partie des éléments les plus associés au pays, à Lisbonne, Porto ou Aveiro, sur les façades comme dans les églises. Un musée leur est consacré à Lisbonne, dans l’ancien couvent Madre de Deus. Ils y racontent des scènes religieuses, historiques ou du quotidien.

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